Créer des projets pédagogiques centrés sur l’enfant au préscolaire
Au préscolaire, on peut très facilement tomber dans une logique de programmation :
Quel thème allons-nous faire ce mois-ci ?
Les animaux ?
Les saisons ?
Les transports ?
L’espace ?
Et évidemment, il n’y a rien de mal à utiliser un thème pour inspirer un projet.
Mais dans une approche réellement centrée sur l’enfant, le point de départ est un peu différent.
On ne commence pas seulement par se demander :
« Qu’est-ce que j’ai envie de proposer ? »
On regarde aussi :
« Qu’est-ce qui intéresse les enfants que j’accompagne en ce moment ? »
Qu’est-ce qui attire leur attention ?
Quelles questions reviennent ?
À quoi jouent-ils spontanément ?
Qu’est-ce qu’ils essaient de comprendre ?
Et c’est souvent là que les projets pédagogiques les plus riches commencent.
🎥 Tu préfères commencer par une capsule rapide ?
Dans cette courte vidéo, je te présente les grandes bases d’un projet pédagogique centré sur l’enfant, notamment les 3 étapes du projet et ses 5 caractéristiques clés.
Et si tu veux approfondir cette approche, poursuivons.
Parce qu’un projet centré sur l’enfant, ce n’est pas simplement choisir un thème intéressant et préparer une série d’activités autour.
Qu’est-ce qu’un projet pédagogique au préscolaire ?
Un projet pédagogique permet aux enfants d’explorer une idée, une question ou un sujet de manière plus approfondie.
Il peut durer quelques jours.
Parfois plusieurs semaines.
Et surtout, il peut évoluer avec les enfants.
C’est probablement l’une des grandes différences entre un projet et une programmation complètement déterminée à l’avance.
On peut très bien connaître notre point de départ sans savoir exactement où nous allons arriver.
Parce qu’entre les deux, les enfants vont poser des questions.
Faire des découvertes.
Apporter leurs propres idées.
S’intéresser davantage à un aspect que nous n’avions pas prévu.
Et parfois nous emmener complètement ailleurs. 😅
Une planification peut donner une direction sans décider à l’avance de tout le chemin.
C’est cette souplesse qui permet au projet de rester réellement vivant.
Pourquoi partir des intérêts de l’enfant ?
Parce qu’un jeune enfant apprend énormément lorsqu’il est activement engagé dans ce qu’il vit.
On cherche parfois beaucoup de stratégies pour favoriser sa concentration.
Mais avant de se demander :
« Comment faire pour qu’il reste concentré ? »
on peut aussi se demander :
« Est-ce que ce que je lui propose l’intéresse réellement ? »
On a toutes déjà vu un enfant qui semble avoir énormément de difficulté à rester engagé pendant une activité dirigée…
puis passer quarante minutes à construire, inventer ou explorer quelque chose qui le passionne.
Ce n’est pas nécessairement qu’il est incapable de se concentrer.
Parfois, il avait simplement besoin d’avoir une vraie raison de s’engager.
Lorsqu’un projet rejoint sa curiosité, l’enfant a davantage envie de chercher, de persévérer, de revenir sur une idée et de comprendre ce qui se passe.
Et c’est exactement ce qu’on recherche dans une approche pédagogique active.
Centré sur l’enfant ne veut pas dire dirigé par l’enfant
C’est une nuance importante.
Une approche centrée sur l’enfant ne signifie pas :
« Les enfants choisissent tout et l’éducatrice les regarde faire. »
Pas du tout.
L’éducatrice garde une intention pédagogique.
Elle apporte son expertise du développement de l’enfant.
Elle enrichit.
Elle soutient.
Elle questionne.
Elle propose.
Elle ajuste.
Mais elle laisse aussi suffisamment d’espace pour que l’enfant puisse participer activement à ce qui se construit.
L’enfant est acteur de son apprentissage. L’adulte reste son guide.
C’est d’ailleurs un principe que je retrouve énormément dans l’approche canadienne de la petite enfance dans laquelle j’ai été formée.
On ne retire pas l’intention pédagogique.
On change plutôt la façon dont elle rencontre les intérêts et les besoins des enfants.
La pédagogie par le jeu trouve naturellement sa place dans les projets
Au préscolaire, projet pédagogique et apprentissage par le jeu fonctionnent particulièrement bien ensemble.
Parce que le jeu permet naturellement aux enfants de tester des idées.
D’inventer.
De communiquer.
De résoudre des problèmes.
De transformer ce qu’ils connaissent.
Et de faire émerger de nouvelles questions.
Un intérêt pour les dinosaures, par exemple, peut rapidement dépasser le simple thème.
Les enfants peuvent commencer à construire.
À inventer des histoires.
À comparer des tailles.
À se demander ce qu’ils mangeaient.
À parler de disparition.
À représenter leurs découvertes.
Plusieurs apprentissages peuvent alors se rencontrer naturellement autour d’une même curiosité.
C’est l’une des grandes forces de la pédagogie par le jeu :
l’enfant apprend dans une expérience qui a du sens pour lui.
Tu peux aussi poursuivre ta réflexion avec mon article sur la pédagogie du jeu au préscolaire.
Un bon projet doit pouvoir évoluer
Imaginons que ton groupe commence à s’intéresser aux insectes.
Tu peux décider d’explorer ce sujet.
Mais ce qui intéresse réellement les enfants n’est peut-être pas ce que tu avais imaginé.
Tu pensais parler des différentes espèces…
et eux deviennent fascinés par les endroits où les insectes vivent.
Puis quelqu’un trouve une fourmi.
Et une nouvelle question apparaît :
« Comment elle sait où sont les autres ? »
Et voilà que le projet prend une autre direction.
C’est justement ce qui rend cette approche intéressante.
On ne cherche pas simplement à exécuter ce que l’adulte avait prévu. On suit aussi les apprentissages qui sont réellement en train de se construire.
Cela ne veut pas dire changer de direction à chaque nouvelle question.
Mais cela demande suffisamment de souplesse pour reconnaître qu’un projet appartient aussi aux enfants qui le vivent.
Cette approche développe aussi l’autonomie
Quand un enfant peut poser une question, proposer une idée, faire un choix ou contribuer à la direction d’un projet, son rôle change.
Il n’est plus uniquement celui qui exécute ce que l’adulte a préparé.
Il devient progressivement participant à son propre apprentissage.
Et il découvre quelque chose d’important :
« Mes idées comptent. »
« Je peux chercher. »
« Je peux essayer. »
« Je peux faire quelque chose avec ce qui m’intéresse. »
C’est aussi cela, développer l’autonomie.
Pas seulement apprendre à faire certaines choses seul.
Mais progressivement se percevoir comme une personne capable de penser, d’explorer et d’apprendre.
Et l’environnement dans tout ça ?
L’environnement peut évidemment soutenir un projet.
Mais il n’est pas nécessaire de transformer toute la classe en décor thématique à chaque nouveau sujet. 😉
Quelques ressources pertinentes peuvent parfois suffire à relancer la réflexion des enfants.
Un objet.
Un livre.
Une photo.
Du matériel ouvert.
Une nouvelle possibilité d’explorer ou de représenter une idée.
L’environnement devient alors une façon de soutenir la curiosité, plutôt qu’une simple décoration autour du thème du mois.
Et si le projet ne fonctionne pas ?
Ça arrive.
Et ce n’est pas grave.
Un sujet que nous pensions passionnant peut finalement laisser les enfants complètement indifférents.
Un projet peut commencer très fort et perdre rapidement de son intérêt.
Une idée peut ne pas évoluer comme nous l’avions imaginé.
Et tout cela fait partie de notre travail.
Parce que l’objectif n’est pas de sauver absolument le projet que nous avions décidé de faire.
La question devient plutôt :
« Qu’est-ce que les enfants me montrent maintenant ? »
Peut-être faut-il enrichir l’expérience.
Peut-être prendre une nouvelle direction.
Et parfois…
simplement reconnaître que l’intérêt est passé à autre chose.
C’est aussi ce qui différencie un projet centré sur l’enfant d’une programmation que l’on exécute coûte que coûte.
Mais comment savoir ce qui intéresse réellement les enfants ?
Et c’est là qu’on revient à la base.
Parce qu’il est très facile de penser :
« Les enfants adorent les animaux ! »
« Mon groupe est passionné par l’espace ! »
« Ils aiment tous les dinosaures ! »
Peut-être.
Mais comment le sais-tu ?
Une approche centrée sur l’enfant ne peut pas uniquement reposer sur ce que nous imaginons qu’il aime.
Elle demande d’apprendre à voir :
ce qui revient dans son jeu,
ce qui provoque des questions,
ce qui retient son attention,
ce qu’il essaie de comprendre,
et ce vers quoi il revient spontanément.
Autrement dit :
avant de construire un projet centré sur l’enfant, il faut apprendre à observer l’enfant.
Et c’est ce qui fait le lien entre observation, planification et intervention éducative.
Un projet centré sur l’enfant commence rarement par une activité
Il commence souvent beaucoup plus simplement.
Par une question.
Un jeu qui revient.
Une conversation.
Une découverte.
Une curiosité.
Quelque chose que l’enfant essaie de comprendre.
Puis notre rôle de professionnelle consiste à reconnaître cette possibilité et à nous demander :
« Qu’est-ce que nous pourrions construire à partir de ce que les enfants sont déjà en train de nous montrer ? »
C’est là que la planification devient réellement pédagogique.
On ne cherche plus seulement une activité intéressante à proposer.
On cherche à créer des expériences qui ont du sens pour les enfants qui sont réellement devant nous.
Et c’est probablement l’une des choses que j’aime le plus dans cette façon de travailler.
Tu peux accompagner des enfants pendant vingt ans…
et ne jamais vivre exactement deux fois le même projet.
Parce que les enfants changent.
Leurs questions changent.
Leurs intérêts changent.
Et notre pédagogie peut évoluer avec eux.
Pour créer des projets réellement centrés sur l’enfant, commence par observer
Avant de choisir un thème, de prévoir toutes les activités ou de décider où le projet devrait mener, il faut d’abord comprendre ce qui intéresse réellement les enfants, ce qu’ils explorent et ce qu’ils sont prêts à développer.
Et tout commence par l’observation.
J’ai créé un Guide pratique de l’observation de l’enfant pour t’aider à poser un regard plus intentionnel sur ce qui se passe dans ton groupe et à utiliser tes observations pour mieux orienter tes interventions et tes projets pédagogiques.
👉 Télécharge gratuitement le Guide de l’observation de l’enfant.
Parce qu’une approche réellement centrée sur l’enfant ne commence pas par ce que l’adulte a prévu. Elle commence par ce que l’enfant nous montre.
